Saaphyra : La pépite du rap féminin !


Beaucoup se plaignent qu’aucune rappeuse n’a su reprendre le flambeau depuis que Diam’s a mis fin à sa carrière. Mais si le public cessait de penser que si une femme prend le micro, ça ne peut être que pour chanter et non pour rapper, des artistes comme Saaphyra seraient déjà au sommet de leur carrière.
Cette artiste à tout pour réussir ! Elle connaît les codes du hip hop. Elle rappe avec le cœur et par passion. Elle est capable d’allier le fond et la forme, de s’adapter à différents styles. Et surtout, elle sait écrire des textes qui ont un sens.
Si le public était plus ouvert d’esprit, elle détronnerait plus d’un rappeur !

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Street and Love Music : Bonjour Saaphyra,
Peux-tu te présenter aux lecteurs de Street and Love Music ?
Saaphyra : Je m’appelle Saaphyra, je suis une rappeuse marseillaise. Je fais de la musique depuis que j’ai 16 – 17 ans. Je suis actuellement signée sur le label associatif marseillais Tsanou Music où je travaille mes projets avec une équipe qui me donne la force.

Street and Love Music : « Née pour faire du rap. »
D’où te vient cette envie, ce besoin de rapper ?
Saaphyra : J’ai commencé à rapper à l’âge de 15 ans. Mais j’ai toujours écrit de poèmes notamment à l’école dans un carnet. J’ai toujours aimé écrire. Mes textes plaisaient beaucoup à mes copines qui me demandaient souvent pour me prendre tel ou tel poème. J’ai toujours adoré écrire pour les autres. J’ai d’abord commencé par l’écriture et je me suis ensuite rendue compte que la musique était un autre but dans ma vie. J’ai donc naturellement allié les deux !
A l’âge de 15 ans, j’ai perdu un ami. J’ai écrit un son pour lui rendre hommage. Suite à ça, j’ai été conviée à un atelier d’écriture sur Gignac et c’est là que tout a commencé. J’ai bossé dans cet atelier d’écriture avec un ancien groupe Soul Touch (LKR et Lelbi) qui m’ont pratiquement tout appris de ce que je connais aujourd’hui dans la musique. Beny Binx (anciennement Lelbi) est devenu mon ami dans la vie et mon allié dans la musique.
J’ai toujours eu la musique et la poésie dans la peau. J’avance aujourd’hui sur mes projets chez Tsanou Music.

Street and Love Music : Quels sont les artistes qui t’ont influencée ?
Saaphyra : Celle qui m’a le plus touchée, ça a été Diam’s ! Même si on m’a souvent comparée à elle en me disant que c’était un peu le même style, je ne pense pas avoir son parcours, son expérience, ni même son talent. Mais c’est une femme qui m’a beaucoup donné envie d’écrire. Quand j’écoutais ses textes, je me disais qu’il fallait que j’écrive, que je me surpasse comme elle le faisait. Diam’s, ça a été une des artistes qui m’a le plus influencée. Après, il y a eu ce groupe Soul Touch qui m’a beaucoup appris dans la musique parce qu’il faut savoir que la musique, ce n’est pas facile. Il ne suffit pas d’aller devant un micro et de chanter ! Il y a beaucoup de choses à assimiler, à comprendre, à apprendre. Et ils m’ont apporté ce plaisir d’écrire.
Après, aujourd’hui, je n’écoute pas trop ce qui se fait en France. J’essaie de m’inspirer de plein de choses, que ce soit des sons du Brésil, d’un peu partout dans le monde, des choses qui à l’heure actuelle ne se font pas ici parce que je trouve que tout ce qui se fait chez nous aujourd’hui se ressemble beaucoup.

Street and Love Music : « Le rap game a besoin d’une athlète. »
Que penses-tu de ce qui se fait actuellement dans les rap médiatisé ?
Saaphyra : Je pense qu’on n’est plus dans le rap underground qu’on a connu nous à notre époque dans les années 2000 où c’était vraiment du rap de lyrics, où on était là pour écouter des écrits, des messages. Maintenant, on est vraiment dans un délire de rap à flow, de rap à autothune et une génération de trap et de rap de boîte. Après, c’est une nouvelle génération, c’est comme ça. C’est la tendance du moment. Je pense que nous aussi dans les années 2000, on avait notre tendance. Mais aujourd’hui, l’écriture se perd énormément. Je trouve ça dommage ! Aujourd’hui, tu vas demander à un rappeur ce qu’est une allitération ou une rime riche, il sera incapable de te le dire parce que l’écriture s’est perdue. Après, moi, les délires de Jul, Lacrim, SCH, tout ce qui se fait actuellement, franchement, je délire sur ces morceaux, je m’ambiance, je chante, je rappe même par dessus. Mais je trouve vraiment dommage que l’écriture se soit perdue !

Street and Love Music : Qu’as-tu envie de répondre aux personnes qui pensent qu’une fille n’a pas sa place dans le milieu du rap en France ?
Saaphyra : J’ai envie de lui dire : « Vas te faire écraser par unbus ! » parce que le rap et le hip hop marseillais sont en train de s’élever et moi et mes Bonnies, on est en train de tout rafler. Il faut donner la force aux femmes que ça soit dans le R’n’B ou dans le rap parce qu’on mérite notre place et qu’on n’a pas la même sensibilité qu’un gars. On peut apporter quelque chose de frais, de nouveau. Je pense que depuis Diam’s, il n’y a pas eu de relève. Mais je pense que le rap a besoin de cette féminité. Pour moi, en étant une femme, il faut apporter ce caractère de bonhomme quand tu rappes mais aussi apporter cette sensibilité féminine.
Après, moi, j’ai une équipe sur Marseille, c’est que des gangstas. Ces filles sont là pour faire du hip hop et elles font du hip hop encore mieux que les mecs. Je pense que la force, elle est aux femmes pour cette année 2016. Et on a notre place dans le game depuis un bon moment ! C’est juste qu’il manque une reine du hip hop qui n’a toujours pas percé. C’est dommage qu’on nous boycotte à ce point !

Street and Love Music : Un petit mot sur le titre « Quoi qu’il arrive » ?
Saaphyra : C’est un très vieux morceau que j’ai fait quand j’avais 17 – 18 ans (j’en ai 25). Quand j’ai écrit ce titre, je ne pensais pas du tout qu’il allait buzzer. J’étais jeune, je démarrer dans le rap. Et ce morceau a fait le buzz ! Ce qui m’a énormément étonnée et m’a fait plaisir à la fois. J’allais sur Paname, les gens me reconnaissaient. Il a été Top 50 Dailymotion donc il a vraiment bien buzzé et m’a offert une certaine reconnaissance de la part du public.
Il fait parti de mon histoire. Je trouve que ce morceau ne me correspond plus vraiment à l’heure actuelle parce que j’ai pris en maturité, j’ai évolué avec le temps. Il me correspondait quand j’avais 18 ans. Maintenant, j’ai bientôt 26 ans, il ne représente plus trop mon image mais ça reste quand même une partie de moi, de mes projets musicaux. Donc j’en suis fière et ça ne change pas. Il est toujours accessible.

Street and Love Music : Peux-tu nous parler de ta collaboration avec REDK sur « Coup dur » ?
Saaphyra : Kader, c’est un gars de Carpe Diem. Pour moi, c’est un grand parolier marseillais. Cette collaboration s’est faite il y a un moment de ça déjà, c’était avant que j’arrête la musique pendant deux ans. Je l’ai contacté, il a écouté ce que j’ai fait en studio, il a beaucoup aimé. Je lui ai envoyé la prod et le thème par mail, il a adhéré complètement. Il est venu en studio, il a posé en même pas l’espace de cinq minutes parce que c’est un gars qui écrit dans sa tête. Il est juste énorme ! C’est un performeur, tout ce que j’aime chez les artistes. Il est dans la connexion, dans le partage. J’adore ce genre de personnes. Et je trouve malheureux qu’il ne soit pas mis en avant dans le rap game à l’heure actuelle. C’est un mex qui écrit trop bien pour que les jeunes l’écoutent. Les jeunes aiment les délires des refrains avec juste « Wesh alors ». « Wesh alors » à la Jul, ça marche.
Mais à partir du moment où il faut écouter des textes un petit peu plus complexes, c’est là que ça coince. Je pense que c’est pour que REDK n’a pas tant percé malgré le fait qu’il le mérite amplement.
Cette collaboration a été un vrai moment de plaisir !

Street and Love Music : Ton remix de Lacrim « Gustavo » a beaucoup fait parler. Etait-ce le but ?
Saaphyra : Alors, Lacrim, c’est un des seuls artistes qui fait de la trap que vraiment j’apprécie musicalement. Je trouve qu’il a quelque chose de dingue dans sa voix. J’adore sa voix ! Il a une voix bien grave, c’est ce qui me fait kiffer dans ces musiques. Et quand j’ai écouté « Gustavo », j’ai complètement adhéré et du coup, je me suis dit : « pourquoi ne pas le remixer en mode meuf, remixer un son très trap et très sombre par une meuf, ça peut être spécial et ça peut apporter un délire ». Donc je me suis penchée sur la prod, sur les gimmicks de Lacrim, j’ai voulu me calquer complètement sur ses gimmicks pour être vraiment dans un remix. Je sais que le clip a été diffusé sur Rap2France et il a fait parler de lui, autant en bien qu’en mal. Après, les gens qui laissent des commentaires pour dire « c’est pourri » mais sans te donner d’explications constructives, moi, ça ne me touche pas du tout. Il y a des gens qui m’ont dit « tu n’es pas dans les temps », ça m’a beaucoup fait rire parce qu’ils ne connaissent rien à la musique et laissent des commentaires qui me tuent. Donc il faut qu’ils apprennent que la musique, c’est un art, qu’il faut venir en studio et comprendre. A 25 ans et après 10 ans de musique, je sais compter mes mesures et rapper dans les temps. J’ai également eu énormément de bons retours dessus.
Il faut comprendre que c’était un délire, je n’ai pas forcé sur l’écriture.
C’est vrai que ce remix a beaucoup fait parler tant en bien qu’en mal. On m’a dit « ça fait bonhomme », « c’est quoi cette meuf ? ». Mais dans la vraie vie, je suis une vraie meuf ! C’est pas parce que j’ai une casquette, un bonnet ou des baskets que je ne peux pas être une vraie femme. Mais j’ai un côté garçon manqué et je ne suis pas là pour le cacher.
Le remix, ça a été un kiff de le poser. Et si Lacrim a l’occasion de l’écouter et de me dire ce qu’il en pense, ça serait top !

Street and Love Music : Peux-tu nous parler du concept de La Minut’ Saaph & Mina ?
Saaphyra : Si je parle de Mina, ça risque de prendre beaucoup de temps. Je l’ai rncontrée au travail. Je suis éducatrice de rue dans les quartiers nord et elle, est surveillante dans un des lycées des quartiers nord. Au départ, je pensais qu’elle ne savait pas du tout chanter et elle, pensait que je ne savais pas rapper. Et un jour, on s’est posée au travail, je l’ai entendue chanter, elle m’a entendue rapper. Et de là, on ne s’est plus jamais lâchée ! On travaille beaucoup ensemble au studio même si on n’est pas signée sur le même label. On partage énormément de choses ensemble. C’est comme une sœur pour moi. C’est une fille que j’admire, elle a une voix hors du commun, elle est fénoménale. (Son projet Muzik Therapy est disponible gratuitement sur Haute Culture.) Elle et moi, ça colle à merveille et nos deux voix vont magnifiquement bien ensemble. On a donc décidé de se lancer dans ce concept. La Minut’ Saaph & Mina nous permet de partager nos délires, nos défis, les nouveaux sons qu’on fait ensemble. Ça permet aux gens de mieux nous connaître. Là, on prépare les nouveaux épisodes (3, 4 et 5) et on est partie sur de nouvelles choses.
C’est notre vie musicale. C’est la force féminine marseillaise dans toute sa splendeur !

Street and Love Music : Tu as annoncé la préparation d’un EP Lionne. Peux-tu nous en dire un peu plus ?
Saaphyra : Pour l’instant, on ne connaît pas la date de sortie. Mais on travaille énorément sur les nouveaux morceaux. Je pense que cet EP sera mis en téléchargement gratuit sur Haute Culture. Là, on travaille vraiment sur la partie visuelle (freestyles, clips). Ça arrive prochainement ! C’est vrai que c’est un peu long mais on travaille sur plusieurs morceaux. On a déjà terminé cinq morceaux qui seront les titres phares de Lionne.
Mon EP portera ce nom parce que j’estime que les femmes sont des lionnes. Et il fat savoir que dans la savane, les lionnes chassent pour les lions. On a la force, on a l’envie pour faire les choses. Et je pense que beaucoup de lionnes m’écoutent.

Saaphyra : une artiste qui pèse l’importance des mots !

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Propos recueillis par Aurélia Deschryver

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