Messa.g, un artiste authentique !


Messa.g est un rappeur d’exception ; il manie parfaitement la plume pour nous livrer des textes profonds et intéressants, qui donnent bien souvent à réfléchir, qu’il interprète toujours avec les émotions nécessaires pour faire passer ses différents messages.b489b13a-618e-4488-803d-f71a17bf1d7d

Street and Love Music : Bonjour Messa.g,
Peux-tu te présenter aux lecteurs de Street and Love Music ?
Messa.g : Bonjour,
Je suis Messa.g, 33 ans, rappeur, beatmaker et ingénieur du son au sein de l’association Katana Production depuis 2001 basée sur Avignon. J’ai commencé au sein d’un groupe La Triyade qui a essentiellement fait de la scène, une mixtape et un EP 8 titres de 1999 à 2005. C’est en faisant enregistrer les groupes du coin que j’ai découvert un métier : ingénieur du son. C’est maintenant l’essentiel de mes activités. Je travaille depuis un an sur un dernier album solo qui s’intitulera Ni maître Ni esclave que je suis occupé de peaufiner pour plus de « musicalités ». En effet, ma musique comporte de plus en plus d’instruments et d’influences variées pour allier au maximum le fond et la forme.

Street and Love Music : Qu’est-ce qui t’a donné envie de prendre le micro ?
Messa.g : Adolescents, nous avons découvert le rap français et US des années 95-98 et nous sommes tombés accros de cette musique. C’est, selon moi, l’age d’or du rap. Habitant un quartier populaire, c’est la musique qui s’est imposée à nous. Le message est pour moi le plus important, d’où mon pseudo, mais il ne faut pas oublier que cela reste de la musique. Nous avions beaucoup de choses à dire et de thèmes à developper à l‘époque et la société actuelle m’inspire encore plus.

Street and Love Music : Quels sont les artistes qui t’ont influencé ?
Messa.g : Côté français, il y a I am et tous les artistes qui gravitaient autour d’eux. Il y en a des dizaines à citer mais je dirai en vrac : Secteur A, Time Bomb, Scred Connexion, Mafia K’1Fry.
Côté US, j’ai dosé les albums du Wu Tang, Jay Z, Nas, 2pac, Mobb Deep.
Les artistes que j’écoute sont très variés, je ne m’impose aucune limite et il y a certains artistes qui ont émergé ces dernières années que je trouve très forts. Je suis d’origine portugaise et ça fait 15 ans que j’écoute le rap de là-bas que je trouve très bon, autant sur la forme que le fond. Actuellement, ce sont eux qui m’inspirent le plus : Mind Da Gap, Valete, Sam The Kid.

Street and Love Music : Fin mars, tu as sorti un EP Black session vol2. Que peux-tu nous dire sur ce projet ? (style, ambiance, choix des invités, etc …)
Messa.g : Black Session vol2 est un recueil de titres inédits, vieux ou récents, que j’ai décidé de diffuser avant de conclure ma discographie. Le studio que je développe a beaucoup évolué depuis 2 ans et il y a de nombreux titres qui dorment sur les disques durs. Je les remixe, les retouche, les remastérise et ça donne ça. Il est en libre téléchargement et le seul but est le partage. J’essaie de provoquer la critique car j’aime ça. J’aime qu’on me félicite, quand c’est sincère bien sûr, mais j’apprécie toutes les critiques car cela me fait évoluer. Cette série de EP me permet de faire ce que j’aime le plus ; des collaborations avec d’autres artistes que je n’ai pas pu inviter sur mes projets précédents. Les rencontres musicales sont pour moi primordiales dans le rap et j’adore ça. Je suis issu d’un groupe où nous étions une quinzaine à la base, ceci explique cela. Mes instrus sont faites de samples en vinyles principalement et d’instruments réels. Les influences sont variées et là aussi, je ne me fixe aucune limite à part le bon goût, même si c’est subjectif. Les invités sont souvent des rappeurs que je fais enregistrer ou que je produis mais pas seulement. Par exemple, Ery Pay et A Visage Découvert sont des mc’s du secteur avignonais avec qui je voulais collaborer et il y en aura encore d’autres. Côté scratchs et instrus, je travaille beaucoup avec mes collègues Dj Flop’s et Djinns. Le premier est Dj et( beatmaker « classique » que j’aime beaucoup et le second est un guitariste / compositeur autodidacte et auteur qui a beaucoup de talent et d’inspiration.

Street and Love Music : Peux-tu nous parler du morceau « Etat d’urgence » ? Pourquoi était-il important pour toi d’aborder ce sujet ?
Messa.g : « Etat d’urgence » est un titre que je me sentais obligé d’écrire. L’écriture est journalistique, chaque phrase peut être prouvée par des images et des articles de presse. C’est pour cela que le clip est un montage (merci Petit Jean).
Je ne donne pas mon avis mais je décris une situation inacceptable pour moi. Je l’ai écrit d’un trait, en réaction aux dérives de cet état d’urgence. Je vis au quotidien avec des musulmans et cela me fait mal de voir des pères de famille et des activistes humiliés de la sorte. Ce n’est pas digne de la France. Je suis resté objectif sur ce titre et j’ai essayé de ne pas donner mon point de vue sur tout ça pour ne pas diviser et que l’on puisse dire « c’est du complotisme ». Je voulais dénoncer c’est tout. Sur le titre « Le Grand Soir » (que je préfère), je vais plus en profondeur et il sera beaucoup plus facile d’être en désaccord avec moi. Je l’ai écrit une semaine avant les attentats de novembre. Tout ce qui se passe actuellement ne m’étonne pas, au contraire, je m’y étais préparé. J’ai sorti une mixtape en 2012 qui s’intitule INSOUMIXTAPE (elle est en libre téléchargement sur ma page Band Camp) où j’abordais déjà tous ces sujets. Je ne dis pas que tout est faux dans les versions officielles mais je sais que nous sommes loin de la vérité !

Street and Love Music : Tu as fait le choix d’être un artiste « dénonciateur ». Pourquoi ?
Messa.g : Je n’ai pas fais ce choix, c’est en moi depuis le départ. Je lis beaucoup et je m’informe régulièrement sur des tas de sujets depuis un paquet d’années. J’ai juste fait le choix d’être fidèle à moi-même et de suivre mon instinct sans aucune auto-censure. Mon groupe était très revendicatif et ne faisait pas dans la dentelle. Nous avons connu la censure plusieurs fois. Dès notre première scène, on nous avait coupé l’électricité en plein live, et par la suite, nous étions surveillés par la mairie et les forces de l’ordre, nous avons été convoqués par les RG pour une gazette de quartier. À mon âge, je ne vois pas comment je pourrais aborder le rap autrement, c’est la suite logique. Comme je dis dans « Le Grand Soir », « Si à mon âge je rappe encore, ce n’est pas pour entrer dans leur jeu. ». Je me fous de la célébrité, de gagner de l’argent avec ma musique et il est hors de question pour moi d’être assimilé à ce rap game.
Mon écriture est subversive et mes exemples sont plus des plumes comme Brassens, Ferré, Brel, Renaud … Le rap qui vend actuellement, dans sa grande majorité, s’apparente à de la prostitution pour moi. Je respecte que des mecs de quartier s’en sortent comme ça mais chacun ses choix. Un artiste comme Dider Super est bien plus engagé que la plupart et cela ne l’empêche pas d’avoir un public grandissant. C’est beaucoup plus difficile pour ces gens là mais la réussite est d’autant plus appréciable quand on est resté soi-même je pense.

Street and Love Music : Aujourd’hui, la musique sert de moins en moins à faire passer des messages, beaucoup préfèrent aborder des sujets futiles pour vendre. Qu’en penses-tu ?
Messa.g : Chacun fait ce qu’il a à faire et je suis un auditeur très ouvert. Je peux aimer un texte profond de Médine, Keny Arkana ou Rockin’Squatt tout comme je peux délirer sur des punchlines de Seth Gueko ou Orelsan. Une fois de plus, je n’ai pas de limite. Le rap est très varié et c’est tant mieux. Il en faut pour tout le monde. Mais je crois au destin et au fait que chacun, sur cette magnifique Terre, a un rôle à jouer, et que la vie n’est qu’une épreuve. Chacun son niveau de conscience, l’essentiel est d’évoluer. Je n’écoute pas la radio, je ne regarde presque pas leurs clips et je me fous des tendances. Seule la musique compte pour moi.

Street and Love Music : « Reste toi-même ! »
Quels conseils pourrais-tu donner à toutes ces personnes qui jouent un rôle, qui se forcent à changer pour entrer dans le moule, pour coller à l’image de la société actuelle ?
Messa.g : Je conçois que les jeunes rappeurs essaient d’entrer dans le moule. Quelque part, c’est aussi ce qu’on a fait dans les années 2000. La musique se bonifie avec l’âge. Je ne juge personne, quand je critique dans mes textes, c’est mon avis et je mélange ça à ce qu’on appelle de l’égotrip. Je ne jalouse pas des mecs comme Jul qui ont bossé dur même s’il m’est impossible d’écouter un titre en entier. Encore une fois, chacun fait ses choix et ses erreurs. Quand tu n’as pas pour objectif principal de faire de l’argent dans la vie, tu vois les choses d’une autre manière et je comprends ceux qui succombent à la tentation de ce monde capitaliste. Mais il est appréciable d’être fier de ses textes 10 ans plus tard et de pouvoir parler de sa musique avec des gens de 50 piges qui n’écoutent pas de rap, c’est ma force.

Street and Love Music : Que penses-tu de ce qui se fait actuellement dans le rap en France ?
Messa.g : Je pense que pour les amateurs de bonne musique, il faut de plus en plus aller chercher les bons sons dans l’underground et sur le web. Il y a énormément d’auditeurs de rap qui n’écoutent plus que du rap local et amateur. Skyrock est foutu pour moi. Je pense que les mecs pensent plus au clip qu’à leur morceau. C’est pour cela que je fais peu de clips. Je préfère que le réalisateur soit votre cerveau. J’ai un clip perso dans ma tête pour tous mes classiques que j’écoute et c’est là la force de la musique. Je n’ai aucun talent d’acteur moi, je fais de la musique et c’est tout. Faire un clip à chaque titre est pour moi une hérésie qui n’a pour but que des vues sur YouTube. Je préfère être écouté que « vu », et cela n’a aucun sens car les vues ne reflètent jamais le nombre d’écoutes réelles et le nombre d’auditeurs. Je préfère 10 mecs qui téléchargent et écoutent 10 fois mon projet que 100 mecs qui cliquent 100 fois. Le clip est un art à part entière qui s’apparente au cinéma et c’est là que je respecte et apprécie. Je me force à faire un peu plus de vidéos qu’avant pour amener les gens à ma musique mais cela reste secondaire. Ce n’est qu’un moyen, pas une fin en soi. Je pense qu’il n’y a pas de bons ou de mauvais styles, il y a de bons et de mauvais artistes et il y a en a pour tout le monde. Je souhaite la réussite à tous. Je pense aussi, pour finir, que ce qui pêche le plus dans le rap français, ce sont les instrus. Peu importe le style, ça manque souvent d’originalité et de personnalité. Il y a des tas de beatmakers talentueux mais méconnus et j’ai l’espoir que cela change. C’est ce que je travaille le plus en ce moment et ce que je préfère faire.

Street and Love Music : Avec quels artistes aimerais-tu collaborer ?
Messa.g : Si je ne devais en choisir qu’un, ce serait Rocé, autant pour le fond que la forme. Je suis en admiration devant sa discographie que je connais sur le bout des doigts. En ce moment, je privilégie les collaborations avec des musiciens méconnus, débutants ou non, mais talentueux pour mon album solo à venir en 2017 qui sera disponible en cd et vynil uniquement. Le but sera de revenir à la base pour boucler la boucle.

Messa.g, un artiste qui a su suivre la bonne direction !

Téléchargez gratuitement les projets de Messa.g :
Black sessions vol2 : https://messa-g1.bandcamp.com/album/black-sessions-vol-2
INSOUMIXTAPE : https://messa-g1.bandcamp.com/album/insoumixtape

Retrouvez Messa.g sur ses différents réseaux sociaux :
Facebook : https://www.facebook.com/messag.katanaprod
YouTube : https://www.youtube.com/channel/UChS03fEu9zEFJ6XHLkkgmog

Aurélia Deschryver

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